APPENDICE AU CHAPITRE II
N° 1.--Les amours du roi Agnivarna.
Nous empruntons à la traduction du _Raghou-Yanea de Kalidasa_, par M.
Hippolyle Fauche, le _Tableau des amours du roi Agrioarna_, le prince
charmant de l'Inde; ce tableau est pour les Hindous l'idéal des voluptés
royales.
«Après avoir tenu pendant quelques années les rênes de l'Etat, Agnivarna
l'impudique, les abandonna aux ministres et se livra tout entier aux
femmes luxurieuses. Dans le palais où toujours résonnait le tambourin,
et où la fête du lendemain surpassait celle de la veille, le roi,
incapable de supporter l'intervalle d'une seule minute sans volupté,
nuit et jour s'amusait avec ses femmes.
«Il avait des étangs remplis de lotus que ses folâtres concubines
faisaient trembler des palpitations de leurs seins dressés comme des
piques; des cachettes pour la volupté s'y dérobaient sous les fleurs.
Brûlant d'amour, il se plongeait dans l'onde; là, ses femmes, sans fard
comme sans voile, excitaient ses désirs par leurs mouvements gracieux et
lascifs. Avec elles, il portait ses pas vers des lieux disposés avec
art pour des buvettes, où il prenait le rhum enivrant. Sur son sein
reposaient continuellement une lyre aux sons enchanteurs et une belle à
la voix douce, aux yeux charmants. Frappant de ses mains le tambourin,
agitant ses guirlandes et ses bracelets, habile musicien, il ravissait
l'âme; à l'entendre, les danseuses oubliaient leurs pantomimes; il
mangeait alors de baisers leurs visages et soufflait sur leurs bouches
le vent amoureux de ses lèvres. Plus d'une fois, ses amantes qu'il avait
trompées le lièrent en punition avec leurs ceintures, le menaçant du
bout du doigt, le châtiant d'un regard courroucé et du froncement de
leurs sourcils. En proie à un violent amour et à la jalousie, les reines
saisissaient l'occasion de toute fête pour combler d'elles-mêmes ses
voeux. C'était lui-même qui peignait de fard les pieds de ses épouses,
mais c'était pour admirer ces pieds charmants et tout ce que laissaient
entrevoir les ceintures relâchées et les robes mal attachées. Parfois
ses désirs voluptueux rencontraient des obstacles: une bouche se
détournait d'un baiser, des mains retenaient une ceinture qu'il voulait
dénouer, mais ces manèges n'étaient que du bois jeté dans le feu de
l'amour.
«Harassées de voluptés, les épouses s'endormaient sur sa vaste poitrine,
d'où leurs seins potelés effaçaient l'onguent du sandal.
«Laissait-il, dans un rêve, échapper le nom d'une rivale, celles qui
étaient avec lui mouillaient de larmes le bord de la couverture et
brisaient de dépit leurs bracelets à force de s'agiter dans la couche.
«Essayait-il de se dérober pour quelque rendez-vous nocturne, ses femmes
aux aguets le ramenaient.--Pourquoi, libertin, vas-tu porter ailleurs ce
qui nous appartient?
«Quand il se levait de sa couche, ses amantes, enlaçant son cou de leurs
bras, pressant de la plante de leurs pieds les pointes de ses pieds, se
faisaient donner le baiser d'adieu.
«Sa couche, jaune de sandal, rouge de laque, remplie de ceintures
brisées et de bouquets déliés, attestait la fougue de ses assauts.
«Alors venaient vers lui ses autres épouses irritées; il cherchait à les
apaiser, joignant les mains, mais sa faiblesse dans l'amour les irritait
de nouveau. Voulait-il s'éloigner sous prétexte d'affaires avec un ami,
elles le prenaient aux cheveux et l'arrêtaient en disant: «Ah traître,
cet ami est une amie; ta fuite n'est qu'une ruse.
«Quand il leur échappait, il prenait le chemin de la campagne, où il
était guidé par des confidentes vers des berceaux de lianes mystérieux.
Là, sur des lits de fleurs préparés, il savourait la volupté dans les
bras d'une jolie suivante (chez les grecs, on aurait dit _une belle
esclave_; mais l'esclavage n'a jamais existé dans l'Inde).
«L'été, il passait les nuits sur les terrasses de son palais, savourant
le clair de lune sans nuage qui dissipe les fatigues de la volupté.
«Là, ses femmes, vêtues de l'air, à la taille charmante, le ravissaient
avec leurs ceintures d'or; lumineuses et gazouillantes, elles
l'enivraient des vapeurs embaumées de l'encens et de l'aloès.
«Ce monarque puissant, redouté de ses voisins, n'avait jamais pu se
vaincre lui-même. Il devint malade de la poitrine. Quand il connut
son état, il ne voulut pas d'autre médecin que ses femmes; frappé
mortellement dans leurs bras, il voulut y mourir.
«Il s'éteignit comme une lampe épuisée, sans postérité, au milieu de ses
épouses qui le tenaient embrassé.»
Ce tableau idéal a au moins le mérite de nous faire voir que les
Hindous, même dans leurs plus grands excès de plaisir, sont restés
décents et même aimables et qu'ils n'ont rien fait ou imaginé qui
inspire la répulsion ou le dégoût.
On ne saurait en dire autant des Romains; ils nous révoltent par des
lubricités sans nom et à peine concevables. Pour faire ressortir le
contraste, après Kalidaça, citons Suétone.
N° 2.--Débauches des empereurs romains.
TIBÈRE DANS SA RETRAITE DE CAPRÉE.
Tibère, retiré dans l'île de Caprée (située près de Naples, au fond de
la plus belle baie du monde), rassemblait de toutes parts des troupes
de jeunes filles et de mignons et des inventeurs d'accouplements
monstrueux, qu'il appelait spinthaies, pour que, se tenant enlacés et
formant une triple chaîne, ils se prostituassent mutuellement devant lui
de manière à rallumer ses désirs.
Il avait fait disposer en plusieurs endroits des chambres ornées de
tableaux et de statuettes représentant les scènes et les figures les
plus lascives, et meublées des livres d'Éléphantis, pour qu'on ne
manquât pas de modèles pour les postures qu'on avait ordre de prendre.
En public, il jouait le rôle de Jupiter caressant Léda, et du minotaure
s'unissant à Phasiphaé.
Lorsque la représentation de ces scènes mythologiques comprenait un
meurtre, celui-ci était commis réellement sur le théâtre avec ses
détails cruels; tels, par exemple, la mort d'Hippolyte, le supplice de
Prométhée.
Il dressait de très petits enfants à s'ébattre et à jouer entre ses
cuisses pendant qu'il nageait (c'étaient ses petits poissons), et à le
lécher et le mordre doucement; il apprenait à d'autres enfants, non
encore sevrés, à lui prendre la verge comme ils eussent pris le sein de
leur mère et à pratiquer la succion.
CAÏUS CALIGULA.
Caligula abusa de Valérius Catullus, jeune homme d'une famille
consulaire, et commit l'inceste avec ses deux soeurs. Il invitait à
souper, avec leurs maris, les femmes les plus distinguées; il les
passait en revue en les examinant comme ferait un marchand d'esclaves,
menait dans une chambre voisine celle qui lui plaisait et, rentrant
avec les souillures de la débauche, il louait ou blâmait ce que leur
jouissance ou leur corps avait de bon ou de mauvais.
NÉRON.
Sans parler des hommes libres avec lesquels il eut commerce, des femmes
mariées qu'il corrompit, Néron fit violence à la vestale Rubria. Il fit
couper les testicules à un jeune garçon nommé Sporus et s'efforça même
de le métamorphoser en femme. On le lui amena en grande pompe avec la
dot et le voile rouge (flammeum), suivant l'usage du mariage, et il lui
donna le rang d'épouse.
Il finit par imaginer comme un jeu de nouvelle espèce de se mettre dans
la peau et à la place d'une bête du cirque et de s'élancer sur les
parties naturelles ou non d'hommes et de femmes attachés nus à
des poteaux; il faisait ces outrages, dans les lieux publics, aux
adolescents et aux vierges chrétiennes. De là vient la bête dont il est
parlé dans l'Apocalypse et qui désigne Néron (Renan).
DOMITIEN.
Domitien n'avait pas les vices monstrueux de Tibère et de Néron.
Cependant il partagea et il développa la corruption générale.
Dans une fête solennelle, il fit descendre dans l'arène des femmes parmi
les gladiateurs et les bestiaires.
Il fit courir des jeunes vierges dans le stade et présida lui-même à la
course, vêtu d'un habit de pourpre à la grecque, portant sur la tête une
couronne d'or où étaient représentés Jupiter, Junon et Minerve, et ayant
auprès de lui le flamendial et les prêtres de la famille Flavia.
(Dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, Domitien voulut
affirmer son zèle pour le paganisme).
Pour plaire au peuple, il continua les représentations à la fois si
impudiques et si cruelles des scènes mythologiques. Martial, son
protégé, nous en a transmis le souvenir dans les épigrammes suivants du
Livre I:
6. Sur le spectacle de Phasiphaé.
«Croyez que Phasiphaé s'est accouplé avec le taureau de Crète; tout ce
que la renommée nous en a dit, la scène le reproduit devant nos yeux.»
9. Sur un condamné donnant une représentation véritable du supplice de
Prométhée. «Tel Prométhée, enchaîné sur un roc, en Scythie, nourrit de
ses entrailles renaissantes un vautour insatiable, tel ce Lauréolus,
attaché à une véritable croix, vient d'offrir sa poitrine nue à un ours
de Calédonie.
«Ses membres déchirés palpitaient et son corps tout entier n'était plus
un corps. Ce scélérat avait sans doute dépassé les crimes dont parle
l'antiquité.»
10. «Dédale, quand tu es ainsi déchiré par un ours de Lucanie, que tu
voudrais alors avoir des ailes.»
Ces scélérats, ces victimes, étaient les chrétiens condamnés comme
criminels d'État.
On se faisait scrupule de prendre les gladiateurs; ceux-ci étaient des
prisonniers de guerre qu'on n'avait pu utiliser autrement, parce qu'ils
étaient trop incultes pour être vendus assez cher comme esclaves et trop
insoumis pour être incorporés dans les légions.
HÉLIOGABALE.
Héliogabale parcourait les rues de Rome dans les attitudes et la
compagnie les plus indécentes sur un char traîné par des femmes nues.
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