CHAPITRE I - Préceptes généraux.
(Ces préceptes sont conformes aux lois de Manou).
On doit se marier dans sa caste, avec une vierge bien apparentée, riche,
noble, belle, et qui a au moins trois ans de moins que soi.
On ne doit point rechercher en mariage une jeune fille dans les cas
suivants.
C'est une amie ou une soeur plus jeune; on la tient cachée; son nom
n'est pas harmonieux; elle a le nez écrasé; elle a le nombril effacé
et saillant, au lieu d'être creux; elle est hermaphrodite (App. 1).
Sa taille est courbée ou déformée; elle est nouée; elle a le front
proéminent; elle manque de tête; elle est malpropre; elle a appartenu à
un homme; elle est affectée de goitre ou d'autres glandes saillantes;
elle est défigurée plus ou moins; elle a dépassé l'âge de puberté; elle
transpire continuellement des mains et des pieds (App. 2).
Il faut surtout éviter les mésalliances. Celui qui entre dans une
famille supérieure à la sienne n'est considéré ni de sa femme ni des
parents de celle-ci. Celui qui épouse une femme de rang inférieur au
sien n'obtient point pour elle, dans sa propre famille, les égards
ordinaires (App. 3).
Voici quelques aphorismes au sujet du mariage.
Une jeune fille fort recherchée doit prendre pour époux l'homme qu'elle
aime et qui lui paraît devoir satisfaire ses désirs de toute nature.
Si ses parents la donnent à un homme riche, uniquement à cause de sa
fortune, ou à un homme qui a plusieurs femmes, elle ne s'attachera
jamais à lui, quelles que soient ses qualités.
Mieux vaut un mari pauvre et de peu d'apparence, mais tout entier à
elle, qu'un homme beau et attrayant qui se doit à plusieurs femmes.
Les femmes d'un homme riche, bien qu'elles jouissent de tous les
avantages et plaisirs qu'elles peuvent désirer, ont toujours des
amants[36].
On ne doit pas accepter pour mari un homme sans jugement ou déchu de sa
position sociale[37], ou passionné pour les voyages, ou chargé de femmes
et d'enfants, ou adonné au jeu.
Le véritable époux d'une jeune fille est l'homme qui a toutes les
qualités qu'elle aime.
Celui-là seul a sur elle de l'ascendant et du prestige, parce qu'il est
l'époux de l'amour.
[Note 36: Aujourd'hui la polygamie est très rare dans l'Inde. Tous
les mariages se font par les parents, sans même que les fiancés se
connaissent avant la cérémonie. Il n'en est autrement que chez les
Indiens convertis et chez les Brahmanes des grandes villes anglaises qui
ont eu beaucoup de rapports avec les Européens; on devrait bien répandre
parmi tous les Hindous les aphorismes ci-dessus.]
[Note 37: _La déchéance_, c'est l'exclusion de la caste, qui est une
sorte de mort civile ou d'excommunication. Une condamnation à une peine
infamante (prononcée toujours par des juges européens) n'entraîne pas la
déchéance aux yeux des Hindous.]
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