CHAPITRE I - Des baisers.
On conseille de ne point, dans les premiers rendez-vous, multiplier les
baisers, les étreintes et autres accessoires de l'union sexuelle; mais
on pourra en être prodigue dans les rencontres qui suivront (Ap. N° 1).
On baise le front, les yeux, les joues, la gorge, la poitrine, les
seins, les lèvres et l'intérieur de la bouche (Ap. N° 2).
Les habitants de l'Est baisent aussi la femme aux jointures des cuisses,
sur les bras et le nombril.
Avec une jeune fille, il y a trois sortes de baisers:
Le nominal, le mouvant et le touchant.
Le nominal est le simple baiser sur la bouche, par l'apposition des
lèvres des deux amants.
Dans le baiser mouvant, la jeune fille presse entre ses lèvres la
lèvre inférieure de son amant; elle l'introduit dans sa bouche en lui
imprimant un mouvement de succion.
Dans le baiser touchant, elle touche avec sa langue la lèvre de son
amant, en fermant les yeux, et place ses deux mains dans les siennes.
Les auteurs distinguent encore quatre sortes de baisers:
Le droit, le penché, le tourné, le pressé.
Dans le baiser droit, les deux lèvres s'appliquent directement, celles
de l'amant sur celles de l'amante.
Dans le baiser penché, les deux amants, la tête penchée, tendent leurs
lèvres l'un vers l'autre.
Dans le baiser tourné, l'un des amants tourne vers lui, avec la main, la
tête de l'autre, et, de l'autre main, lui prend le menton.
Le baiser est dit pressé lorsque l'un des deux amants presse fortement
avec ses lèvres la lèvre inférieure de l'autre. Il est très pressé,
lorsqu'après avoir pris la lèvre entre deux doigts on la touche avec la
langue et la presse fortement avec une lèvre.
Entre amants, on parie à qui saisira le premier, avec ses lèvres,
la lèvre inférieure de l'autre. Si la femme perd, elle doit crier,
repousser son amant en battant des mains, le quereller et exiger un
autre pari. Si elle perd une seconde fois, elle doit montrer encore plus
de dépit, et saisir le moment où son amant n'est pas sur ses gardes,
ou bien dort, pour prendre entre les dents sa lèvre inférieure, et la
serrer assez fort pour qu'il ne puisse la dégager; cela fait, elle se
met à rire, fait beaucoup de bruit et se moque de son amant; elle danse
et s'agite devant lui, et lui dit, en plaisantant, tout ce qui lui passe
par l'esprit; elle fronce ses sourcils en lui roulant de gros yeux.
Tels sont les jeux et les paris de deux amants à l'occasion des baisers.
Les amants très passionnés en usent de même pour les autres mignardises
que nous verrons plus loin.
Quand l'homme baise la lèvre supérieure de la femme pendant que
celle-ci, en retour, lui baise la lèvre inférieure, c'est là le baiser
de la lèvre supérieure.
Quand l'un des amants prend avec ses lèvres les lèvres de l'autre, c'est
là le baiser agrafe.
Quand, dans ce baiser, il touche avec la langue les dents et le palais
de l'autre, c'est là le combat de la langue.
Le baiser doit être modéré, serré, pressé ou doux, selon la partie du
corps à laquelle il est appliqué.
On peut encore ranger parmi les baisers la succion du bouton ou du
mamelon des seins qui, dans les chants des Bayadères du Sud de l'Inde,
est mentionnée comme un des préliminaires naturels de la connexion[23].
[Note 23: D'après le docteur Jules Guyot (_Bréviaire de l'amour
expérimental_), cette succion doit être forte pour produire l'effet
voulu (v. App.)]
Quand une femme baise au visage son amant endormi, cet appel est le
_baiser qui allume l'amour_.
Quand une femme baise son amant qui est distrait ou affairé, ou bien le
querelle, c'est le _baiser qui détourne_.
Quand l'amant attardé trouve l'amante couchée, et la baise dans son
sommeil pour lui manifester son désir, c'est le _baiser d'éveil_. En
pareil cas, la femme peut faire semblant de dormir à l'arrivée de son
amant pour provoquer ce baiser.
Quand on baise l'image d'une personne réfléchie dans un miroir ou
dans l'eau, ou bien son ombre portée sur un mur, c'est le _baiser de
déclaration_.
Quand on baise un enfant que l'on tient sur ses genoux, ou une image, ou
une statue, en présence de la personne aimée, c'est le _baiser que l'on
transmet_.
Quand la nuit, au théâtre ou dans une assemblée d'hommes de caste, un
homme s'approche d'une femme et lui baise un doigt de la main, si elle
se tient debout, ou un doigt de pied, si elle est assise; ou bien quand
une femme, en massant le corps de son amant, pose la figure sur sa
cuisse, comme si elle voulait s'en faire un coussin pour dormir de
manière à allumer son désir et lui baise la cuisse ou le gros doigt du
pied, c'est le _baiser de provocation_.
Au sujet de ces baisers on cite les vers suivants:
«Quelque chose que l'un des amants fasse à l'autre, celui-ci doit lui
rendre la pareille: baiser pour baiser, caresse pour caresse, coup pour
coup.»
Prec Sommaire Suivant