APPENDICE AU CHAPITRE II
N° 1.--Liste des talents exigés d'un homme d'après le Lalita-Vistara.
Telle est la liste officielle des soixante-quatre arts libéraux
que devait posséder toute personne éminente dans la civilisation
brahmanique. Ils sont mentionnés dans beaucoup de livres religieux de
l'Inde, comme obligatoires pour les grands, les Gourous et pour tous les
savants, notamment les Brahmanes de distinction. C'est pourquoi nous
avons dû en reproduire la liste, un peu fastidieuse à cause de sa
longueur, mais certainement intéressante comme document historique.
Le Lalita-Vistara donne, à l'occasion des épreuves et examens subis par
le Bouddha-Gautama, pour épouser la belle Gopa, une liste semblable mais
non identique.
En réunissant ces deux listes, on a une nomenclature complète de tous
les arts et métiers de cette époque; chacun d'eux était l'objet de
traités spéciaux.
Inutile d'ajouter que personne ne possédait sérieusement toutes ces
connaissances, bien qu'elles fussent considérées comme obligatoires.
Liste d'après la traduction de M. Foucault.
Le saut, la science de l'écriture, des sceaux, du calcul, de
l'arithmétique, de la lutte, de l'arc, de la course, la natation, l'art
de lancer les flèches, de conduire un éléphant en montant sur son cou,
l'équitation, l'art de conduire les chars; la fermeté, la force, le
courage, l'effort des bras dans la conduite de l'éléphant avec le
crochet, avec le lien; dans l'action de se lever, de sortir, de
descendre; dans la ligature des poings, des pieds, des mèches de
cheveux; dans l'action de couper, de fendre, de traverser, de secouer,
de percer ce qui n'est pas entamé, de percer le joint, de percer ce qui
résonne, dans l'action de frapper fortement.
L'habileté au jeu de dés, dans la poésie, la grammaire, la composition
des livres, la peinture, le drame, l'action dramatique, la lecture
attentive, l'entretien du feu sacré, l'art de jouer de la Vinâ, la
musique instrumentale, la danse, le chant, la lecture, la déclamation,
l'écriture, la plaisanterie, l'union de la danse et de la musique,
la danse théâtrale, la mimique, la disposition des guirlandes, dans
l'action de rafraîchir avec l'éventail, dans la teinture des pierres
précieuses, la teinture des vêtements, dans l'oeuvre de la magie,
l'explication des songes, celle du langage des oiseaux; l'art de
connaître les signes des femmes, les signes des éléphants, des chevaux,
des taureaux, des chèvres, des béliers, des chiens.
La composition des vocabulaires, l'écriture sainte, les Pouranas, les
Ilihâsas, le Véda, la grammaire, le Niroukta, l'art de prononcer la
poésie, les rites du sacrifice.
Dans l'astronomie, le yoga, les cérémonies religieuses, la méthode
des Vaïcéchikas, la connaissance des richesses, la morale, l'état de
précepteur, l'état Asoura, le langage des oiseaux et des animaux.
La science des causes, l'arrangement des filets, les ouvrages de cire,
la couture, la ciselure, la découpure des feuilles, le mélange des
parfums. Dans ces arts et tous ceux qui sont pratiqués dans ce monde, le
Bouddha excellait.
N° 2--Quatre classes de femmes, qualités qui leur sont propres.
On peut considérer comme rentrant, mieux que les arts libéraux, dans le
sujet traité par Vatsyayana, la description des qualités qui distinguent
les femmes entre elles.
En général, les auteurs indiens divisent les femmes en quatre classes
d'après leurs caractères physiques et moraux.
Le type parfait est la Padmini, ou la femme Lotus; il n'est sorte
d'avantages qu'on ne lui attribue. En voici le résumé.
Elle est belle comme un bouton de Lotus, comme Rathi (la volupté). Sa
taille svelte contraste heureusement avec l'amplitude de ses flancs;
elle a le port du cygne, elle marche doucement et avec grâce.
Son corps souple et élégant a le parfum du sandal; il est naturellement
droit et élancé comme l'arbre de Ciricha, lustré comme la tige du
Mirobolam.
Sa peau lisse, tendre, est douce au toucher comme la trompe d'un jeune
éléphant. Elle a la couleur de l'or et elle étincelle comme l'éclair.
Sa voix est le chant du Kokila mâle captivant sa femelle; sa parole est
de l'ambroisie.
Sa sueur a l'odeur du musc. Elle exhale naturellement plus de parfums
qu'aucune autre femme; l'abeille la suit comme une fleur au doux parfum
de miel.
Ses cheveux soyeux, longs et bouclés, odorants par eux-mêmes, noirs
comme les abeilles, encadrent délicieusement son visage semblable au
disque de la pleine lune et retombent en torsades de jais sur ses riches
épaules.
Son front est pur: ses sourcils bien arqués sont deux croissants;
légèrement agités par l'émotion, ils l'emportent sur l'arc de Kama.
Ses yeux bien fendus sont brillants, doux et timides comme ceux de la
gazelle et rouges aux coins. Aussi noirs que la nuit au fond de leurs
orbites, leurs prunelles étincellent comme des étoiles dans un ciel
sombre. Ses cils longs et soyeux donnent à son regard une douceur qui
fascine.
Son nez pareil au bouton du sezame est droit, puis s'arrondit comme un
bec de perroquet.
Ses lèvres voluptueuses sont roses comme un bouton de fleur qui
s'épanouit ou rouges comme les fruits du bimba et le corail.
Ses dents blanches comme le jasmin d'Arabie ont l'éclat poli de
l'ivoire; quand elle sourit, elles se montrent comme un chapelet de
perles montées sur corail.
Son cou rond et poli ressemble à une tour d'or pur. Ses épaules s'y
joignent par de fines attaches, ainsi qu'à ses bras bien modelés,
semblables à la tige du manguier et qui se terminent par deux mains
délicates pareilles chacune à un rameau de l'arbre Açoka.
Ses seins amples et fermes ressemblent aux fruits du Vilva; ils se
dressent comme deux coupes d'or renversées et surmontées du bouton de la
fleur du grenadier.
Ses reins bien cambrés ont la souplesse du serpent; ils se fondent
harmonieusement avec ses fesses et ses larges hanches qui ressemblent au
corsage de la colombe verte.
Sonjadgana, pur et délicatement arrondi, laisse apercevoir un ombilic
profond et luisant comme une baie mure. Trois plis gracieux s'accusent à
sa taille comme une ceinture au-dessus de ses hanches.
Ses fesses sont merveilleuses; c'est une Nitambini (Callipige,
Sakountala était une Nitambini).
Comme le Lotus épanoui à l'ombre d'une tendre motte d'herbe Kusha (herbe
sacrée par excellence), son yoni petit s'ouvre mystérieusement sous le
pubis ombragé par un voile velu large de six pouces.
Sa semence d'amour est parfumée comme le lys qui vient d'éclore, ses
cuisses rondes, fermes, potelées, ressemblent à la tige polie d'un jeune
bananier.
Ses pieds petits et mignons se joignent finement à ses jambes, on dirait
deux Lotus.
Quand elle se baigne dans un étang sacré, par toutes sortes de jeux elle
réveille l'amour, les dieux se troubleraient à la voir se jouer dans
l'eau.
Des perles tremblent à ses oreilles; sur son sein repose un collier de
pierres précieuses; elle a, mais en petit nombre, des ornements aux bras
et au bas des jambes.
Elle aime les vêtements blancs, les blanches fleurs, les beaux bijoux et
les riches costumes. Elle porte un triple vêtement de mousseline rayée.
Délicate comme la feuille du béthel, elle aime les aliments doux, purs,
légers; elle mange peu et dort d'un sommeil léger.
Elle connaît bien les trente-deux modes musicaux de Radha; aussi bien
que l'amante de Krishna, elle chante harmonieusement en s'accompagnant
de la vina qu'elle touche avec grâce de ses doigts effilés et agiles.
Quand elle danse, ses bras aux mouvements souples et harmonieux
s'arrondissent en courbes gracieuses et semblent parfois vouloir dérober
aux regards ses merveilleux appâts, car sa pudeur est extrême (dans
I'Inde une femme danse toujours seule).
Elle a une conversation agréable, son sourire répand la béatitude; elle
est espiègle et folâtre, pleine d'enjouement dans les plaisirs.
Elle excelle dans les oeuvres qui lui sont propres.
Elle fuit la société des malhonnêtes gens et accomplit scrupuleusement
ses devoirs; le mensonge lui est inconnu.
Incessamment, elle vénère et adore les brahmanes, son père et les dieux;
elle recherche la société et la conversation des brahmanes; elle est
libérale envers eux et charitable aux pauvres. Pour ceux-ci elle
épuiserait le trésor de son mari.
Elle se plaît avec son époux et sait exciter ses désirs par des
caresses.
Le dieu d'amour trouverait un superbe plaisir à reposer près d'elle.
Son affection pour son époux est extrême et elle n'aura peur aucun autre
une pareille tendresse. Elle est affectueuse dans toutes ses paroles et
absolument dévouée à son mari. Elle est parfaite en tout point.
Ajoutez à ce portrait déjà si flatteur une foule d'exclamations que les
poëtes poussent en l'honneur de la Padmini.
Trésor d'amour! tendresse sans bornes! femme qui aime et qui n'éprouve
aucun désir! femme dont le bonheur est manifeste; femme pareille à Rathi
(la volupté), épouse d'Ananya (l'amour), qui plies sous le poids de tes
seins fermes et arrondis! femme dont l'amour enivre!
Après la Padmini, vient la Chitrini ou la femme habile.
La Chitrini a l'esprit mobile, l'humeur légère et essentiellement
folâtre! son oeil ressemble au Lotus, sa gorge est ferme: ses cheveux
tressés en une seule natte retombent sur ses riches épaules comme de
noirs serpents; sa voix a la douceur de l'ambroisie; ses hanches sont
minces, ses cuisses douces et polies ont la rondeur de la tige du
bananier; sa démarche est celle d'un éléphant en gaité; elle aime le
plaisir, sait le faire naître et le varier.
La Hastini (nom de la femelle de l'éléphant) occupe le troisième rang.
La Hastini a une abondante chevelure qui brille et se déroule en longues
boucles soyeuses, son regard troublerait le dieu d'amour et ferait
rougir les bergeronnettes. Le corps de cette femme gracieuse ressemble à
une liane d'or, ses pendants d'oreilles sont garnis de pierreries et
ses vêtements sont chargés de fleurs. Ses seins fermes et rebondis
ressemblent à un couple de vases d'or.
Le dernier type est la Sankhini (la truie).
Ses cheveux sont nattés et roulés sur sa tête; sa face qui exprime la
passion est difforme; son corps ressemble à celui d'un porc. On la
dirait toujours en colère, toujours elle gronde et grogne.
Ses seins et son ventre exhalent l'odeur du poisson.
Elle est malpropre de sa personne; elle mange de tout et dort à l'excès.
Ses yeux ternes sont toujours chassieux.
On a mis en regard les traits distinctifs des quatre classes dans le
tableau suivant:
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DÉSIGNATION | Padmini | Chitrini | Hastini | Sankhini
| | | |
FIGURE | comme la | parfaite | de lotus | d'oie
| lune | | |
| | | |
ODEUR | du lotus | des fleurs | du vin | du poisson
| | | |
CHEVELURE | fine et | longue et | bouclant | comme des
| soyeuse | flottante | naturellement | soies de
| | | | sanglier
| | | |
VOIX | harmonieuse | du kokila | bramement de | croassement
| comme un | | l'éléphant | du corbeau
| luth | | |
| | | |
GOÛT | le béthel | les dons | les plaisirs | les querelles
DOMINANT | | | variés |
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Quatre sortes d'hommes correspondent comme amants ou époux à ces quatre
sortes de femmes.
A la Padmini, l'homme _lièvre_, c'est-à-dire actif, vif et éveillé.
A la Chitrini, l'homme _cerf_, celui qui recherche l'affection dans le
commerce amoureux.
A la Hastini, l'homme _taureau_, c'est-à-dire qui a la force et le
tempérament de cet animal.
A la Sankhini, l'homme _cheval_, celui qui a la vigueur et la fougue de
l'étalon.
Il existe, disent les poëtes, une Padmini sur dix millions de femmes,
une Chitrini sur dix mille, une Hastini sur mille; la Sankhini se trouve
partout.
Cette proportion n'est point flatteuse pour le beau sexe dans l'Inde;
heureusement, elle n'est point exacte. En général les Hindous, hommes
et femmes, même dans les castes serviles, ont de très grands soins de
propreté. La femme malpropre, la Sankhini, ne se trouve que dans la
classe infime et hors caste, et chez les Pariahs des campagnes.
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